Les premiers airs de cornemuse…

Michel Lebreton

Département de musiques traditionnelles

CRD DE CALAIS

Lorsqu’un débutant se saisit de sa cornemuse pour la première fois, de nombreux problèmes prennent rapidement le dessus sur le désir pressant de « jouer un morceau » : postures tourmentées du torse et des bras, crispations du corps et repli sur l’instrument, doigts mal positionnés, pression du bras sur le sac peu motrice dans la production du son, lèvres tétanisées, souffle synchronisé avec le phrasé mélodique… et bien d’autres réalités à prendre en compte afin de produire un son, un son continu et enfin un son de qualité.

Or, chaque apprenant arrive avec son corps et le rapport corporel qu’il entretient aux objets, au monde. Si certains trouvent rapidement un équilibre avec l’instrument, cet objet étranger, cette greffe qu’il faut faire prendre, d’autres sont cependant tétanisés par cette chose qui ne veut pas se plier à leur désir.

Au-delà des exercices, travaux divers que je peux leurs proposer dans ce cadre, il est important que le moment de « jouer un morceau » tarde le moins possible. Dans des cas de crispations corporelle et, parfois, psychologique (« je ne saurai pas ! » « L’instrument est mal réglé ») les mélodies traditionnelles ne sont pas des plus faciles pour ces premiers pas (ambitus trop large, notes répétées, passages trop fréquents de la main droite à la main gauche…). J’ai donc créé au fur et à mesure des problèmes rencontrés, une série de mélodies avec lesquelles j’ai tenté d’aider les débutants à « faire musique ».

Ces mélodies répondent à plusieurs critères :

  • Elles sont construites autour d’un enchaînement de doigtés ciblés ;
  • Elles tiennent compte du doigté semi-fermé spécifique à cet instrument ;
  • Elles se chantent avec un seul ou plusieurs couplets ;
  • Elles se dansent dans la mesure du possible.

Ces éléments permettent de les intégrer par le chant et, si possible, la danse.

Elles ne sont en aucun cas le fil rouge d’une méthode à suivre : aucun de mes élèves ne les joue en totalité ou dans un ordre déterminé, sinon pour la première. Certains n’en jouent que deux ou trois puis passent à des mélodies traditionnelles, d’autres en jouent un plus grand nombre mais pas forcément dans le même ordre. Elles sont un réservoir dans lequel puiser lors des premières semaines, premiers mois de l’apprentissage.

Enfin, ces mélodies peuvent évidemment être jouées sur d’autres instruments, dans d’autres tonalités. N’hésitez pas à faire des essais et à m’envoyer vos impressions.

Les remarques et partitions suivantes sont basées sur la cornemuse 16 pouces, bourdon de sol.

Main gauche

–          Partons en voyage

Les trous étant difficiles à boucher correctement lors des premiers essais, je propose une mélodie qui ne demande que deux doigts de la main gauche (index et majeur) pour être réalisée. La main droite est posée sur les trous du bas mais l’imprécision de sa posture n’empêchera pas la production de la mélodie sur les trous du haut.

 Partons en voyage

Changements de mains

–          Levez-vous

Partie A sur la main gauche avec changement RÉ-DO-RÉ. Partie B sur la main droite.

Levez vous

–          Dans le bois de l’Alleu

Partie A sur la main droite et partie B sur la main gauche avec un changement de main DO-RÉ

Dans le bois de l'Alleu

–          Les roses sont au rosier

Changements de mains RÉ-DO-RÉ et DO-RÉ-DO

Les roses sont au rosier

–          Y a dix matelots

Evolution sur les échelles de SOL grave à FA et de FA à SOL grave

Y a dix matelots

–          Oh ! Le joli p’tit bois

Changements de mains fréquents

Oh le joli petit bois

–          Dans le jardin d’mon père

Parcourir l’échelle de SOL grave à FA. Premiers intervalles disjoints : SOL-DO et RÉ-SOL.

Dans le jardin de mon père

Passage au SOL aigu

–          M’y promenant le long du bois

Passage d’octave de SOL grave à SOL aigu.

M'y promenant le long du bois

–          Derrière chez nous

Passages RÉ-SOL et SOL-RÉ.

Thomas réveille toi

Notes répétées

–          Branles doubles et simples (Orchésographie)

Le débit régulier de croche, l’ambitus restreint et les notes répétées dans le bas de l’échelle permettent une approche abordable des détachés en cas de problèmes. Ces mélodies sont de la fin du XVIe siècle.

Branles double et simple Orchésographie

–          Branle des pois

Dans le même esprit que ci-dessus

Branle des pois

Une valse qui tient sur une septième :

La valse pour Hugo

Valse pour Hugo

Un branle pour découvrir une mélodie structurée sur la quinte mineure LA-MI :

J’ai dix œufs dans mon panier

J'ai dix oeufs dans mon panier

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Les premiers airs de cornemuse… »

  1. Vraiment formidable votre blog! Je pratique la musique trad au sein d’un ensemble et enseigne par ailleurs la cithare: vos pistes d’impro sur une mélodie sont très intéressantes, ainsi que les exercices avec des onomatopées, que je vais adapter aux personnes âgées Alzheimer avec qui je fais des ateliers également: pouvoir travailler à l’oreille est une des richesses de la musique traditionnelle. En tout cas merci pour ces pistes d’exploration!

    1. Bonjour,

      Merci pour votre message enthousiaste et bien agréable. Votre adaptation devrait être très intéressante. Si vous voulez bien me tenir au courant de vos avancées. Et si vous souhaitez en faire un article qui enrichira ce blog?
      Bien à vous.

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