Instrument et chant à danser (ICD), 6-10 ans

Pascal Caumont

1er Cycle de formation musicale: Instrument et chant à danser (ICD), 6-10 ans

CONSERVATOIRE HENRI DUPARC du GRAND TARBES

Un apprentissage basé sur des chants issus de plusieurs langues et cultures (occitanes, françaises, espagnoles, italiennes, grecques, sud-américaines, africaines,…); la plupart de ces chants sont des chants à danser, transmis surtout avec les 6-8 ans. Vers la fin du cycle1 l’accent est mis sur le chant polyphonique, avec changement de partie et capacité à assurer seul sa partie.

L’abord de la lecture et de l’écriture musicale se fait progressivement au cours du 1° cycle. Le travail se fait à partir d’un répertoire commun, adapté aux élèves et adaptable aux instruments, partagé avec les professeurs de formation musicale, les professeurs d’instrument et ceux en charge des pratiques collectives instrumentales. Les professeurs d’instrument et de pratiques collectives instrumentales sont sollicités pour faire jouer ces morceaux pendant les cours.

Les professeurs de formation musicale utilisent ces mélodies pour conscientiser les éléments musicaux fondamentaux (hauteurs, rythmes, structures, …), faire travailler l’oreille intérieure, et aborder progressivement le codage.

Cette nouvelle pédagogie ne modifie en rien les objectifs de fin de Cycle I, seuls les contenus et les moyens sont différents. L’apprentissage du langage musical précède l’apprentissage du codage et non l’inverse.

L’un des principes de base repose sur le concept de langue musicale maternelle, diffusé au XX° siècle à partir de la Hongrie par le musicien et compositeur Zoltan Kodaly, l’un des alter-ego de Béla Bartok. Celui-ci a créé un système d’éducation musicale dont les grands principes se retrouvent dans plus d’une culture musicale sur la terre; en prenant pour base les chants de la culture du pays des enfants, et surtout en valorisant les chants de transmission orale, l’idée est d’apprendre de nombreux chants avec différents styles: chants-jeux, rondes, chansons énumératives, danses chantées, etc…

Cette langue musicale maternelle se bâtit comme le premier langage musical, comme la base sur laquelle l’enfant peut éveiller un « savoir-faire » et un savoir global, intuitif et empirique. Une fois intégrée cette langue musicale maternelle (riche de chants de différentes cultures et différentes langues),  il pourra aller vers son codage, et non pas à l’inverse comme en France pendant deux siècles. Il pourra aussi jouer et chanter d’autres langages musicaux, la musique classique occidentale, le jazz, les musiques amplifiées, etc…

Plus près de nous et plus récemment, à Barcelone et dans toute la Catalogne Sud, la pédagogie musicale a été fortement développée sur ces bases par le Pare Ireneu Segarra de l’Escolania de Montserrat; cette approche basée sur « langue maternelle musicale » a créé un renouveau de la pédagogie musicale à Barcelone et dans toute la Catalogne.

Retrouver sur son instrument les mélodies déjà chantées et dansées permet de développer son oreille et sa mémoire musicale, d’aborder des notions de phrases musicales tout en s’appropriant son instrument dans un geste dynamique. La notation vient prendre place naturellement dans cette logique musicale. L’élève écrit les textes directement pour son instrument (dans la clé, la tessiture et la tonalité de celui-ci) et développe ainsi les savoir-faire pour accéder à l’autonomie quelque soit les esthétiques. L’oreille intérieure est ainsi fortement développée par le jeu et la pratique (marelle des hauteurs, etc…). L’aspect corporel est également fortement sollicité par les rythmes clairs, incorporés, tonifiants, des chants à danser.

Il s’agit d’un enseignement transversal dans lequel l’enfant est au centre du dispositif, les enseignants communiquant fréquemment sur son répertoire, sa relation au rythme, ses facultés d’écoute intérieure, etc…

De plus, des occasions de jeu, de chant, de prestations, sont organisées tout au long du cursus, en concerts, bals, classes ouvertes, rassemblements dans la cité, de façon à ce que l’enfant perçoive la pratique de la musique comme un fait normal, social, culturel, intégré à son espace de vie et à son aire culturelle, et non pas comme un simple acte pédagogique au sein d’une institution d’enseignement.

Cette pédagogie permet à chaque professeur adhérant au cursus, quelque soit ses acquis, pré-requis, pratique et diplômes, de se forger ses propres outils en fonction de son ou ses parcours; il ne s’agit pas d’une méthode faite qu’il s’agirait de parcourir en tournant les pages de la première à la dernière ou en suivant à la règle des directives énoncées une fois pour toutes. Cette pédagogie s’enrichit de l’apport innovant de chaque enseignant et de chaque élève.

En 4 ans d’expérience nous voyons combien l’approche par l’oralité puis la lecture et l’écriture, l’imprégnation de dizaines de mélodies de diverses cultures, la relation au rythme et au phrasé par la pratique corporelle dansée du chant traditionnel, l’ambiance conviviale et dynamique des cours, nous ont permis de poser sur notre territoire les bases d’un enseignement qui ne remet nullement en cause l’exigence musicale, mais respecte les rythmes d’apprentissage et les différentes modalités d’accès au savoir et au savoir-faire musical. Cet enseignement est partagé aujourd’hui par la moitié des enseignants du CRD Henri Duparc du Grand Tarbes, et les effectifs sont en croissance. Les enfants développent bien leur « oreille », leur voix, le sens de la pulsation et du rythme, le rapport à leur instrument, le son instrumental également, ainsi que le goût de la pratique collective et de la pratique sociale de la musique.

 Pascal Caumont, mars 2015

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