ImprovisationS -1- VARIABILITÉ CONTINUE

Michel Lebreton

Département de musiques traditionnelles

CRD DE CALAIS

La plasticité des objets sonores issus des traditions populaires, le phénomène de variabilité continue (rencontré à des degrés forts divers selon les cultures) étranger à nos sociétés modernes, tout cela milite pour une place de choix laissée aux démarches de variations et d’improvisations. Cela concourt à prendre ses distances avec la pratique et l’enseignement conventionnels basés en partie sur la reproduction stricto sensu d’un modèle originel à respecter à la lettre.

Cela pose aussi les choix pédagogiques et didactiques de l’enseignant: il encourage l’apprenant à s’approprier les répertoires par imitation et dépassement des propositions initiales à la lumière des sources mobilisées et de règles de jeux explorées.

Les sources enregistrées en Berry nous donnent à entendre, essentiellement dans le chant, des micros variations dans le rythme et le tempérament, le tout faisant jouer de façon très expressive des jeux d’attractions mobiles au sein des mouvements mélodiques. Pas de trace en revanche d’improvisations thématiques sur des structures plus larges telles que la phrase, la partie… qui seraient sujets à variations dans de multiples déclinaisons.

Je vous propose cependant une piste, parmi d’autres, qui ouvre à la variation tout en restant proche du cadre de la mélodie. Il s’agit de décliner les incises, mouvements mélodiques par divers procédés tels que le détour par un autre degré et intervalle avant de retomber sur le degré attendu, la répétition d’une courte cellule, les changements de tempo sur de courts mouvements montants ou descendants, le placement de points d’orgue, le rappel de degrés, la déclinaison d’une incise par degrés montants ou descendants…, la variation ornementale complètant ces éléments.

Nous cherchons ainsi à rester proches de la mélodie, matière première léguée par les chanteurs, musiciens qui nous ont précédés, tout en donnant vie à une variété de versions. « …l’improvisation nous intéresse dans ce qu’elle a de créatif et en ce qu’elle est susceptible de produire de l’altéré, du variable et de l’imprévu. Or cet imprévu n’est lui-même perçu comme tel que grâce à l’existence d’une référence stable et permanente qui est de l’ordre du modèle » Lortat Jacob 1987 – Improvisation : le modèle et ses réalisations in Ethnomusicologie 4 SELAF page 45.

Et tout d’abord un enregistrement personnel du chant traditionnel berrichon « Tes moutons ma bergère » chanté par Juliette Péarron et collecté par les Thiaulins de Lignière  en 1960.

Voici une recherche du même type de Sébastien, élève au CRD, qui a appris le chant en chantant lors de la diffusion de l’enregistrement de Mme Péarron. Il a exploré les différentes pistes décrites ci-dessus. Il a écouté ma miniature sonore puis il a fait plusieurs propositions dont celle ci qui est sa préférée.

Voici enfin une proposition de Mathieu, accordéoniste de formation classique. Ancien élève du CRD, il est actuellement en degré supérieur au CRR de Lille.

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